Consultations présidentielles: Félix Tshisekedi tenté de politiser les FARDC et la PNC

« Politisation ». C’est le mot qui a fusé dans la ville haute dès le sortir de la réunion d’hier mardi 1er décembre au Palais de la nation entre le chef de l’Etat et les hauts commandements des FARDC et de la Police nationale. La « causerie morale » entre le commandant suprême des FARDC et de la PNC et la haute hiérarchie de ces deux corps n’est pas passée inaperçue aux yeux des observateurs comme une démarche éminemment politique dans le contexte actuel des consultations tout aussi politiques du chef de l’Etat ayant des visées également politiques.

Et la déclaration finale, intitulée « déclaration de loyauté », est venue conforter ces observateurs dans leur conviction la plus intime. « Déjà, commente un ancien officier de l’armée qui s’est confié à congovirtuel.org, le cadre (Palais de la nation, siège officiel de l’institution Président de la République) de cette rencontre pose problème en ce qu’il y existe un cadre plus approprié qu’est le conseil supérieur de la défense ».

Le contenu de la déclaration ne laisse, quant à lui, aucun doute sur son fond politique que vient souligner le contexte du moment. Les officiers généraux des FARDC et de la PNC ont, en effet, clamé leur apolitisme mais surtout (ré) affirmé leur loyauté au chef de l’Etat en sa qualité de « commandant suprême » de ces deux corps. Un exercice qui vient à la suite d’une précédente causerie morale du commandant de la garde républicaine abondamment diffusée sur la télévision nationale.

« Sur ce point précis, la déclaration devient particulièrement délicate par rapport au contexte politique », poursuit notre interlocuteur qui estime qu’à la limite, « cette rencontre pouvait se limiter en interne sans déclaration publique ». En sorte que c’est en toute légitimité que l’opinion peut y voir une démarche visant des intérêts politiques.

Dans son contenu, la « déclaration de loyauté » fait référence à l’article 187 de la constitution. Mais tel qu’énoncé avec un filet de commentaires, cet article est biaisé en ce qu’il évoque « non seulement des institutions légalement établies  dont le Président de la République ». Un détail qui conforte les tenants de la thèse d’une dangereuse politisation de l’armée et de la police dans le contexte actuel. Cet article stipule explicitement ceci : « Les Forces armées comprennent la force terrestre, la force aérienne, la force navale et leurs services d’appui. Elles ont pour mission de défendre l’intégrité du territoire national et les frontières. Dans les conditions fixées par la loi, elles participent, en temps de paix, au développement économique, social et culturel ainsi qu’à la protection des personnes et de leurs biens.

Les spécialistes soutiennent pour leur part que dans le cas d’espèce, c’est l’article 188 de la même constitution qui est plus approprié. Cet article stipule que « Les Forces armées sont républicaines. Elles sont au service de la Nation toute entière. Nul ne peut, sous peine de haute trahison, les détourner à ses fins propres. Elles sont apolitiques et soumises à l’autorité civile ».

Au nom de cet apolitisme, mais surtout à cause de sa sensibilité, le constituant a placé le secteur de la défense et sécurité dans le domaine de collaboration entre le Gouvernement et le chef de l’Etat (article 91.2). Mais sur le plan pratique, le même article, en son troisième alinéa, place les forces armées, la police nationale et les forces de sécurité sous l’autorité du Gouvernement. En effet, en disant que c’est le gouvernement qui en « dispose », le constituant donne au Gouvernement le pouvoir d’utiliser ces forces.

De la sorte, toute démarche du chef de l’Etat envers les forces de défense, la police nationale et les forces de sécurité se fait obligatoirement avec le concours du Gouvernement, soit avec le ministre de tutelle, soit directement avec le Premier ministre. Et à voir le niveau d’habilitation des hauts officiers qui étaient en face de Félix Tshisekedi hier, c’est bien le Premier ministre qui devait nécessairement être à ses côtés.

Le chef de l’Etat et ses différents collaborateurs sont certainement au courant de ces principes basiques. Les ignorer dans le contexte actuel ne peut qu’apporter l’eau au moulin de ceux qui se convainquent que le chef de l’Etat poursuivrait là sa campagne de conquête de tous les pouvoirs dans son objectif de contrôler entièrement la gouvernance du pays, fût-il au mépris de la constitution et des lois de la République. Et ces appréhensions sont d’autant plus plausibles que les mêmes observateurs disent avoir perçu cette posture de conquérant ailleurs avec, entre autres, la Cour constitutionnelle, la Ceni avec l’affaire Malonda, les églises du réveil avec l’un de ses encadreurs spirituels malhonnêtement élevé au rang de président de ces églises et tout dernièrement avec la tentative de mainmise sur le patronat congolais (FEC) par des conseillers du chef de l’Etat.

Si cette trajectoire jalonnée d’inquiétudes doit culminer avec les conclusions du chef de l’Etat attendues de ses consultations politiques, les observateurs craignent que l’on aboutisse à l’aggravation de la crise et de l’instabilité des institutions. Avec pour conséquence, notamment la stigmatisation de la RDC en international et le retrait aussi bien des institutions de Brettons wood que des investisseurs qui se proposent de venir. Bref, la RDC redeviendrait plus que jamais infréquentable et c’est le peuple qui sera le seul à trinquer.

JEK

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