RDC : L’histoire contée de la déchéance démocratique (Satire)

Construit au départ pour être l’antre de la culture et des spectacles, le Palais du peuple, consacré à la politique pendant plusieurs décennies, retrouve depuis la semaine dernière sa vocation première. Depuis le week-end dernier, en effet, la bâtisse chinoise est le théâtre d’une succession d’activités pluridisciplinaires constituées de confrontations physiques musclées et du concours de saut des lois et règlements avec l’enjeu central du contrôle de tous les pouvoirs pour asseoir une vision individuelle sur la gouvernance de la RDC.

La saison commence le dimanche 6 décembre lorsque le Chef de l’État, comme Jules César avec son foulard lâché dans ses arènes romaines, ouvre les olympiades à la congolaise par son discours donnant le coup de départ des jeux qui, vite, donnent les couleurs de la déchéance démocratique de la République. Le vainqueur est celui qui lui rapportera la majorité parlementaire et, partant, l’Exécutif.

Pour cela, il s’est déjà assuré d’une team bien entraînée qui, d’ailleurs, criait déjà victoire avant le début des compétitions. C’est l’Union sacrée de la nation dont les athlètes et lésé fanatiques se nomment les « Unionistes ».

Cette team se fait, en effet, forte de la taille du contingent engagé dans les différentes disciplines des olympiades. L’enjeu est d’arracher ou bien, selon les calculs déjà faits, faire constater le contrôle, à son avantage, de la majorité qui est l’élément clé de la victoire finale avec pour trophée l’Exécutif national.

Le commissaire chargé de faire ce constat – l’informateur – doit déjà être désigné pour ce faire, mais il faut avant tout mettre en place (ou installer) cette majorité à constater. De là, la voie vers l’acte final de contrôle de l’Exécutif sera toute tracée.

Et comme toute compétition digne de ce nom, la présente se fixe un règlement constitué d’un article unique : il n’y a pas de règle. Constitution, lois et règlements n’ont pas droit de cité ici… Et la particularité de ces olympiades démocraticides est que l’organisateur est lui-même compétiteur à travers une team qu’il coache des mains de maître.

Ainsi fait, tout peut alors commencer. Kisalu me banda…,

Samedi 6 décembre.En activité préolympique, les Unionistes investissent l’arène de Lingwala à la recherche de l’adversaire (la team Mabunda) à anéantir. Il s’agit de lui signifier son acte de défaite que sont les pétitions en déchéance. Ne l’y trouvant pas, puisque portes et fenêtres sont closes, la légion olympique triomphaliste va extirper le gardien de l’arène (le Secrétaire général) de ses quartiers pour qu’il vienneacter cette première étape.

Jean Nguvulu, en babouches, est traîné de sont domicile jusqu’au Palais du peuple sous bonne escorte de policiers et d’agents de renseignements pour la besogne. Il est présenté de force devant un huissier de justice qui lui fait réceptionner de forceles pétitions individuelles de l’équipe adverseà déchoir.

L’acte posé, les Unionistes exultent, se convainquant que c’est un point décisif de marqué. Mais ce n’est qu’une phase de la bataille qui est censée gagnée, même si, prudents, ils comptent le faire valider en s’assurant que les destinataires ont bel et bien été notifiés pour que les commissaires homologuent le point. C’est, en effet, ce que prévoit le règlement intérieur et toute procédure normale de notification.

Mais n’a-t-on pas dit que ces olympiades n’ont pas de règle ?

 Qu’à cela ne tienne, et à toutes fins utiles, le gardien de l’arène est conduit vers une destination inconnue sous bon encadrement du capitaine de la team challenger, Jean-Marc Kabund. Il faut absolument le garder sous contrôle puisqu’il a encore un rôle à jouer au cours de la compétition.

Débutée sur les chapeaux de roue, les olympiades démocraticides vont monter d’un cran en spectacle à partir du lundi. Le 7 décembre, les deux teams adverses se fixent rendez-vous à l’arène du peuple où ils doivent livrer les premiers actes de la compétition, cela dans la confusion annoncée et qui va tenir toutes ses promesses. La veille au soir, en effet, la team Mabunda a appelé à une plénière devant examiner et adopter le rapport d’audition des autorités sur la problématique de l’eau et l’électricité.

Les Unionistes ne l’entendent pas de cette oreille, estimant que visée par des pétitions en déchéance, la team Mabunda ne peut plus ni convoquer ni présider de plénière. Ils attendent ainsi de voir le bureaud’âge prendre la conduite de toutes les affaires parlementaires.

Ici, le règlement de la compétition connaît officiellement son début d’application. Dans la bâtisse chinoise en ébullition, les Unionistes donnent la charge pour empêcher à la team Mabunda de jouer. L’arène est envahie par les fanatiques qui, mêlés aux athlètes députés, entretiennent un climat de chaos. Celui-ci atteint son paroxysme avec le saccage des meubles sur lesquels les Mabundistes devaient livrer leur match.

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, les Unionistes sortent une nouvelle cartouche pour jouer leur match à eux. Le gardien de l’arène, porté disparu depuis trois jours, réapparaît sur la scène dévastée et tombée dans l’obscurité après l’extinction des lumières dans l’arène. Jean Nguvulu prononce, séance tenante, la convocation d’une nouvelle joute pour le jour suivant avec pour unique discipline, l’installation du bureau d’âge. Un tournant décisif des olympiades qui doivent culminer, du moins pour cette phase, avec la déchéance formelle de la team Mabunda.

En attendant, la règle de non règle est ici observée. Le SG n’a pas qualité de convoquer une plénière, mais le piquant dans ces olympiades se trouve justement dans le règlement : marcher sur les règlements.

La journée suivante est ainsi annoncée pour être chaude, d’autant plus que la team Mabunda annonce à son tour une plénière pour le même jour avec pour objet : communication importante.

Le jour J, soit le 8 décembre, les protagonistes se retrouvent tous dans l’arène, se regardant en chiens de faïence. Le temps d’observation ne dure pas longtemps, car, à l’extérieur puis à l’intérieur même de l’arène, lésé fanatiques antagonistes montent à l’assaut les uns contre les autres. Tous les instruments sont permis et y passent : coups de poings, gourdins, couteaux et même des machettes. Les juges de touche, que sont les policiers, assistent impassibles.

Normal puisque ceux de la veille ont tous été relevés. Par qui et pourquoi ? On vous a dit que ces olympiades n’ont pas de règle. À quoi donc serviraient les juges de touche ?

Face à cette montée d’adrénaline et de la violence, les Unionistes, jusqu’au-boutistes, se regroupent dans la salle des spectacles pour offrir un spectacle au summun des règles de ces olympiades démocraticides. Déterminés plus que jamais de consolider ce point qu’ils croient déjà acquis, ils se passent des services du gardien de l’arène. Quelques heures plus tôt, en effet, il a été annoncé que Jean Nguvulu venait d’être suspendu par la ministre de la Fonction publique qui lui reprochait d’avoir convoqué la présente plénière alors qu’il n’en avait pas la compétence.

Pour contourner la difficulté, les Unionistes poussent le bouchon des incompétences plus loin. Ils s’adjoignent les services d’une directeur des séances qui désigne les membres du bureau d’âge et les installent.

La salle exulte à nouveau. Le dernier virage vers la victoire finale est amorcé. Mboso Kodia prend ses nouvelles fonctions très au sérieux. Il s’exerce même au marteau présidentiel en présidant cette plénière. Toujours aussi sérieux comme une crise cardiaque, il annonce pour jeudi la plénière fatidique devant examiner les pétitions de l’estocade sur la team Mabunda.

Désormais, la fête ici est au paroxysme. Une réception est même offerte, tandis que Mabunda est désormais conjuguée au passé. Déjà dans la journée et même la veille, des membres du bureau Mabunda se sont vu retirer leur garde alors que jusqu’au vote et aux résultats, ils demeurent dans leurs fonctions.

On en est donc là. Que va faire la team Mabunda dans cette escalade de l’adversaire qui l’empêche de déployer son jeu ? Dans ses commentaires, Balamage, à qui on demande s’ils vont saisir la justice, se montre comme résigné : « Vous savez, ce qui se passe vient de loin. Nous assistons à un putsch parlementaire orchestré ailleurs. Le pays est en train de subir une gouvernance autocratique ».

Alors, faut-il dire « sowhat » ou bien « ite, misa est » ? On ne saurait rien dire, mais ce qui est sûr, c’est qu’avec ses règles de non règle, l’Union sacrée est partie pour rafler tout, quoi qu’il en coûte.

Albert Osako

Laisser un commentaire