État de la Nation : Un discours de Tshisekedi au goût de la sélectivité et de la rancœur

Presqu’unanimement, les Congolais (encore lucides) qui ont suivi le discours du chef de l’État sur l’état de la Nation y ont perçu plusieurs omissions en termes de sujets et des actions menées au courant de l’année 2020 finissante. Des pans entiers de la vie nationale ont été occultés, et ces Congolais lucides ne se font aucune illusion pour se convaincre que Félix Tshisekedi n’était toujours pas descendu de son char de Chef de faction pour faire droit à cet exercice de redevabilité qui est une obligation constitutionnelle (et donc d’État) pour le garant de la Nation qu’il est.

S’il a dû se plier à cet exercice, c’est plus par obligation constitutionnelle qu’en réponse à une obligation de redevabilité. Pour preuve, tous ces « déchets » qui ont jalonné cet exercice alors que Félix Tshisekedi avait peut-être l’esprit ailleurs, si ce n’était pas une volonté délibérée due à l’environnement et à certains personnages présents qui ne l’agréaient pas. Déjà dans son prononcé en 40 minutes, il a buté plusieurs fois sur des mots ou des tournures, preuve d’une impréparation manifeste.

Ces omissions qui désolent

Et à la fin de son discours, juste après l’hymne national, le Chef de l’État s’en est allé, brûlant des étapes du cérémonial du congrès dont certains ne sont pas à confondre au simple protocole. Félix Tshisekedi n’a, en effet, pas attendu que soit prononcée la clôture du Congrès après le constat de l’épuisement de l’ordre du jour. Il n’a pas attendu de se faire raccompagner par le bureau du congrès comme à son arrivée et n’a même pas laissé le temps à la traditionnelle photo de famille.

Bref, le Congrès et l’état de la Nation 2020 sont à oublier dans les annales parlementaires et même dans l’histoire politique du Congo.

Autant peut-on en dire du discours proprement dit qui aura été loin de constituer ne fût-ce qu’une vue générale ou panoramique de ce qu’a été la marche de la Nation durant l’année 2020. Même les domaines abordés l’ont été de manière plutôt superficielle.

Coronavirus : l’ingratitude de Tshisekedi envers la chaîne de solidarité

A l’image de la grande bataille nationale contre le coronavirus pour laquelle le Chef de l’État n’est revenu que sur ce que lui-même a fait. Il a choisi, par exemple, de zapper cette mémorable chaîne de solidarité qui a vu des fils et filles du pays, et d’autres personnes qui ont choisi la RDC comme seconde patrie, s’engager pour apporter chacun sa contribution au profit de leurs prochains. Félix Tshisekedi a, par exemple, ignoré ces sacrifices des médias qui, sur leurs fonds propres, ont offert leurs espaces pour la sensibilisation, initié et financé la production des spots et autres chansons de sensibilisation. Des journalistes se sont confinés des mois durant dans leurs rédactions avec seulement un vêtement de rechange pour assurer la suite de la sensibilisation là où des bonzes et des sherpas s’en mettaient plein les poches comme l’a prouvé l’IGF.

Que dire de ces députés et sénateurs qui ont renoncé à tout ou partie de leurs émoluments ? Que dire de ces artistes qui ont composé et enregistré des chansons avec leurs propres moyens, de ceux qui ont fait des productions dans les réseaux sociaux pour partager l’espoir et contribuer à atténuer le stress des confinés ? Que dire aussi des autres qui ont organisé des levées de fonds et mis la main à leur propre poche ?

Que dire également de ces autres citoyens et citoyennes qui, à travers leurs Ong et leurs fondations, ont aussi été au front de la solidarité ? Ou encore de ces entreprises qui, quoique frappées par les contrecoups de la pandémie, ont aussi participé à cette chaîne de solidarité ?

Enfin, faut-il oublier ces médecins, ces infirmiers et le reste du personnel de riposte qui auront payé le prix le plus lourd en termes de vies humaines ? Ou encore de ceux qui demeurent impayés à ce jour alors que la deuxième vague fait déjà rage ?

Comment expliquer qu’à tout ce monde et à tant d’autres le Chef de l’État n’ait réservé que le silence de la Nation là où l’on s’attendait à ce que, par exemple, il fasse lever la salle pour un standing ovation en reconnaissance de leurs contributions ? N’y a-t-il pas lieu de craindre que cette ingratitude de la Nation n’inhibe les élans pour cette seconde vague qui s’annonce plus virulente ?

Sylvestre Ilunga et son action également zappés dans l’état de la Nation

Le zapping dans ce même sujet de la lutte contre le Covid-19 s’observe aussi dans le silence sur le comité multisectoriel de riposte dont Félix Tshisekedi s’est prestement gardé de nommer l’autorité qui n’est autre que le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Ce comité aura rayonné en essuie-glace dans tous les domaines pour atténuer les effets de la pandémie et préparer le pays à une résilience plus rapide.

Quoi qu’étant économiquement et financièrement affectée sérieusement par les effets de la pandémie, la RDC est l’un des rares pays qui ont su contenir le recul de croissance à -2,5% là où d’autres pays du continent sont allés à -4% et d’autres même à -6%. Le pays a aussi saisi l’opportunité de cette pandémie pour lancer un impressionnant programme de relance de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et du développement agricole qui connaît un regain d’activités avec le programme d’entretien manuel des routes de desserte agricole. Bref, la revanche du sol sur le sous-sol qu’évoquait déjà Félix Tshisekedi dans son discours d’investiture et dans son premier discours sur l’état de la nation en 2019.

Sur le plan de l’économie et des finances, le gouvernement a conclu avec la Banque centrale un pacte pour la stabilité du cadre macroéconomique et monétaire qui permet de tenir les engagements de la gestion sur base caisse. Depuis lors, la pratique de la création monétaire est derrière les Congolais. Même si l’on devra résoudre la grosse problématique des dépassements budgétaires. Un sujet qui pouvait aussi mériter une attention du chef de l’Etat dans son discours, du moins sous l’angle de la grande problématique de réduction du train de vie des institutions, sujet qui fonde les grandes préoccupations des partenaires de la RDC.

Faut-il oublier aussi tous ces efforts qui ont abouti à la conclusion des programmes intérimaires avec les institutions de Bretton Woods grâce à la perspicacité du ministre Sele Yalaghuli ? Ce sont ces programmes qui viennent aujourd’hui en appui budgétaire au gouvernement. C’est également grâce à ces institutions que le gouvernement a tenu la première partie de la gratuité de l’enseignement primaire.

La femme et les jeunes également ignorés dans le discours de Tshisekedi

Last but not least, l’année 2020 en RDC fut aussi celle de l’opérationnalisation du Programme d’appui au développement des micros, petites et moyennes entreprises (PADMPME), un programme financé par la Banque mondiale à hauteur de USD 1 million. Ce programme permet d’apporter une première réponse à la grande problématique de l’entrepreneuriat des jeunes et de la femme dont pourtant Tshisekedi a souvent parlé depuis son avènement à la tête du pays.

Cette énumération n’est que générique pour montrer que loin de l’immobilisme entretenu dans les discours politiques pour des raisons évidentes, la RDC a bien bougé en 2020 malgré les contrecoups de la pandémie du Covid-19. Si le Chef de l’État avait bien voulu y réserver de l’intérêt, la Nation s’en serait bien aperçue pour redoubler d’efforts l’année suivante.De cette nouvelle année d’ailleurs, le Président de la République n’a pas formulé de projection particulière, préférant certainement s’en tenir à son « discours programme » ayant sanctionné ses consultations.

Pour ça aussi, les exigences de la gouvernance d’État attendront…

Albert Osako

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