La nouvelle majorité, le couvre-feu et les faux fous ou la paranoïa sécuritaire

La semaine dernière, Sylvano Kasongo, Commissaire provincial de la police/Ville de Kinshasa, s’est fendu d’un communiqué invitant les familles ayant des personnes qui souffrent des troubles mentaux (les fous) à se présenter à ses bureaux à côté de l’ISC pour les récupérer. Ces personnes avaient été appréhendées lors d’une opération menée pendant plusieurs jours et plusieurs nuits par la police voici près d’un mois.

Aucune explication officielle n’avait été donnée au public pour justifier cette rafle des fous. La rumeur, relayée largement dans les réseaux sociaux, laissait entendre que la ville de Kinshasa était infestée de personnes recrutées par l’ancien régime et qui auraient eu pour mission de mener des actions subversives visant à déstabiliser le pouvoir de Félix Tshisekedi. Des images de personnes ligotées à des postes de police et même une vidéo montrent un « fou » arrêté. Tous auraient détenu des moyens de communication sophistiqués, des kits de survie (dont des ustensiles) et des sommes d’argent.

Le communiqué de Sylvano Kasongo est donc venu démentir toutes ces rumeurs. Et une autre vidéo circule dans les réseaux sociaux, montrant le même « faux fou » dans son site de vie réel à Lemba, du côté de la paroisse Saint  Augustin. Une femme policière témoigne que cet homme est connu dans ce quartier où il vit depuis des années.

L’on comprend, finalement, que les services compétents semblent avoir été tenaillés par la théorie du complot jusqu’à succomber à cette sorte de paranoïa de l’insécurité. C’est sur ce compte que l’on met même le couvre-feu décrété par le chef de l’Etat, alors qu’il ne figurait pas sur les mesures proposées par le comité multisectoriel de riposte contre le Covid-19, comité qui, du reste, est écarté de la gestion de la seconde vague de cette pandémie. Ceci justifierait donc cela.

Dans sa croisade pour la conquête de tous les pouvoirs, le régime Tshisekedi ne lésine sur aucun moyen pour ce faire. Et la stratégie tourne clairement autour de l’anéantissement de la force politique de l’ancien régime au-delà même de la politique. De la diabolisation aux intimidations de la justice et de la sécurité en passant par les restrictions des mouvements, tout est donc mis en œuvre pour l’instauration d’un pouvoir autocratique sous prétexte des interférences du FCC, ancien coalisé, dans le fonctionnement des institutions.

Le couvre-feu, que les Kinois qualifient de « sécuritaire » plutôt que sanitaire, et cette affaire des faux fous sont symptomatiques de cette hargne autocratique.

Albert Osako

Laisser un commentaire