Drôle de lettre ouverte à la Cellule de crise du FCC : Me Hubert Tshiswaka confirme l’agenda “anti-Kabila”

Des cinq points y abordés, Me Hubert Tshiswaka consacre les deux premiers à la situation qui prévaut au sein du FCC (Front Commun pour le Congo), les troisième et quatrième à ma Tribune, le dernier encore au FCC,  au rappel des éléments de langage utilisés par les tireurs de ficelles et leurs correspondants nationaux pour affaiblir le régime en place, quel qu’il soit.

Pour information, Hubert Tshiswaka est un activiste des Droits de l’homme qui anime, à partir de Lubumbashi, l’ONGDH dénommée « Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH) ». 

A ce titre, il est censé être au milieu du village. La question est cependant de savoir s’il y est d’autant plus que son parcours depuis une bonne quinzaine d’années témoigne du contraire, à l’identique du parcours de ses pairs, si bien que par rapport aux enjeux politiques de l’heure, la preuve patente est le silence consensuel assourdissant face :

1. à la campagne anti-Kabila qui se mène au vu et au su de tout le monde, et encore en des termes injurieux, devant le siège de l’Udps, pourtant parti présidentiel ; 

2. à l’étranglement de la Cour constitutionnelle, instance judiciaire demeurant sans président trois mois après l’investiture des nouveaux juges alors qu’il y a des saisines pendantes touchant à plusieurs cas nécessitant ses avis et considérations, et  

3. aux faits de corruption avoués par des députés nationaux embarqués dans la fameuse opération de requalification de la majorité parlementaire. 

PROPOSITION SAUGRENUE : DISSOLUTION DU FCC

Dans sa lettre ouverte, Me Hubert Tshiswaka préconise la dissolution pure et simple du FCC aux motifs selon lesquels ” Dans son état actuel, il est en difficulté de critiquer la mauvaise gouvernance du nouveau régime, ni mobiliser des citoyens autour d’une cause commune ou de l’idéal commun qu’est le rêve d’une nation congolaise unie, viable et prospère ” (resic). Aveu à noter : la mauvaise gouvernance du régime Tshisekedi. 

Venant d’un juriste, dont toute la production au cours de ces dernières années se caractérise par la propension à vilipender Joseph Kabila et les siens, pareille initiative n’est rien d’autre qu’un appel à la disparition de cette composante du paysage politique national.

Ainsi, un juriste suggestionne l’implantation au pays d’une seule famille politique dans le pur style MPR Parti État. 

Sans vouloir me substituer à la Cellule de Crise, je reste convaincu que l’opinion congolaise en particulier s’y opposera.  

PRETEXTE BARNABE KIKAYA BIN KARUBI

La question intéressante est toutefois de savoir ce que vient faire ma Tribune dans cette correspondance. Probablement à m’isoler de mes camarades. 

Dieu merci : à l’analyse du courrier, cette tribune se révèle un prétexte. Or, par nature, tout prétexte a pour défaut congénital d’être dicté par la mauvaise foi. Et celle-ci apparaît dans cette lettre en ce que la partie introductive et finale exploitée par Me Hubert Tshiswaka est volontairement escamotée. 

Pourtant, sous l’intertitre ” ENGAGER FATSHI DANS UNE EPREUVE SUSCEPTIBLE DE FINIR MAL POUR LE PAYS “, voici textuellement ce qu’en dit ma Tribune :  « Tout ceci amène à réaliser que les griefs mis aujourd’hui à charge de Joseph Kabila – comme hier à charge du maréchal Mobutu et du Mzee Laurent-Désiré Kabila quasiment à la demande de l’Udps au cours de ces 30 dernières années – ont d’autres motivations.

” Bien des Congolais en font le constat et l’expérience : chaque fois qu’on veut déstabiliser le pays, la tendance pour la même partie de la communauté internationale très impliquée dans la question congolaise est d’utiliser l’axe Katanga-Kasaï ou, pour la symbolique, l’axe Cuivre-Diamant sinon l’axe Cobalt-Diamant. 

” En 1960, les ennemis du Congo avaient utilisé cet axe en misant sur Moïse Tshombe et Albert Kalonji. On eut la double sécession katangaise et sud-kasaïenne en moins d’un mois (11 juillet et 8 août 1960). 

” En 1990, pour déstabiliser le Zaïre via Mobutu, ils vont miser sur le tandem Tshisekedi et Nguz. La crise de leadership surgie entre ces deux personnalités aura pour effet l’épuration ethnique opérée au Shaba (Katanga) à l’encontre des Kasaïens vivant dans la province cuprifère.

” En 1997, ils joueront carrément la carte Etienne Tshisekedi contre Laurent-Désiré Kabila. De 2001 à 2017, encore la carte Etienne Tshisekedi contre Joseph Kabila. 

” De 2017 à ce jour, malgré la parenthèse de la coalition Fcc-Cach (2019-2020), il se révèle qu’ils jouent désormais et à découvert la carte Félix Tshisekedi contre Joseph Kabila, avec cette particularité d’engager plutôt le premier dans une épreuve susceptible de finir mal pour le pays“.

De qui est-il question ici ? Hubert Tshiswaka est bien placé pour le savoir : de la partie de la communauté internationale qui, de 1960 à ce jour, ne réfléchit qu’en termes de démembrement du Congo, partie fréquentée aujourd’hui par une partie de la Diaspora cotérique omniprésente et hyperactive autour du président Félix Tshisekedi, Diaspora prête à faire liquider le pays. 

Encore Dieu merci, dans la même Tribune, je note :  « Heureusement qu’au sein de la même Diaspora, il se trouve des compatriotes, bien que de la coterie, à penser autrement, à considérer qu’au stade actuel, le sort de Joseph Kabila et celui de la RDC sont intimement liés. Ils sont convaincus, au nom de Nsanga a Lubangu, que le fait de ‘Sauver le soldat Kabila relève désormais du devoir citoyen’ ». Pour ceux qui ne le savent pas, Nsanga a Lubangu est l’ancêtre commun aux Baluba du Katanga et aux Baluba du Kasaï.

Tout intellectuel honnête y reconnaît plutôt un appel en direction de la Diaspora acquise à la cause des anti-Congo de façon à l’amener à réaliser les risques qu’elle fait courir au pays en cherchant à engager, par procuration, un bras de fer entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi

Pendant que ma chronique prône l’entente entre ces deux personnalités et entre les communautés katangaise et kasaïenne, que fait-t-il, Me Hubert Tshiswaka ? Il déclare, après avoir démontré l’échec de ceux qui depuis 1960 tentent d’affaiblir la communauté kasaïenne du Katanga : “ A se demander, avec quels moyens, ceux de 2020 y parviendront-ils, sachant que la population kasaïenne du Katanga s’est multipliée de manière exponentielle, par rapport à celle des années 60 ” ! Et d’en rajouter : « En somme, faire de la guerre contre son peuple, une stratégie politique, est une aberration. Même si le sentiment anti-kasaien est toujours palpable dans les rues du Katanga, rien n’y changera un iota“.

Question : peut-on trouver un lien entre ma Tribune et les déductions de Tshiswaka? Pas du tout. Autant je joue la carte de l’union entre les deux communautés pour sauver le Congo, autant Me Tshiswaka met en exergue la prédominance des uns sur les autres. 

LA TRIBUNE KIKAYA VIENT DE LEVER UN GROS LIEVRE 

Nier les risques de balkanisation du Congo ne relève que de la naïveté. Pas plus tard que le 31 mai 2020, de retour d’Allemagne, Mgr Dieudonné Uringi du diocèse de Bunia les a reconnus lors de la célébration de la Pentecôte. « J’étais en Allemagne, on m’avait montré une carte de balkanisation sur laquelle notre pays a été divisé en quatre (…).  J’avais vu ça [la carte de la balkanisation], il faut qu’on vous dise des réalités en face. On nous a dit clairement que la balkanisation du Soudan a été planifiée pendant 30 ans et enfin ils l’avaient reçue mais, est-ce que il y a développement maintenant dans ces deux pays ? Voilà les réfugiés sud-soudanais hébergés à Aru. Nous sommes des instrumentalisés pour balkaniser notre propre pays sans le savoir, parce que nos leaders nous donnent un peu d’argent, mais demain nous serons des esclaves de ceux qui occuperont notre pays et c’est là où nous tirerons toutes les conséquences “, a-t-il déclaré.

Hubert Tshiswaka n’a besoin d’être ni renseigné ni enseigné pour comprendre que ce n’est pas parce que la menace de balkanisation du Congo est aujourd’hui plus forte dans l’Est qu’elle a cessé d’avoir pour terreau le Sud du pays. 

Face à cette réalité, la Tribune stigmatisée n’est pas à circonscrire dans un débat sentimentaliste. C’est en mêlant des sentiments qu’on en arrive à des dérives comme l’appel qu’on me prête d’une confrontation katango-kasaiennne pendant que nulle part, dans ma tribune, cette perspective n’est évoquée, encore moins encouragée. 

Au moins, comme l’indique le titre, Me Tshiswaka confirme les appréhensions émises par rapport à l’existence d’un plan anti-Kabila. Car, le fait pour lui, d’un côté, d’en appeler à la dissolution du Fcc et, de l’autre, de lui interdire la moindre critique de la mauvaise gouvernance du nouveau régime au risque de rappeler les années difficiles de son passage à la tête du pays trahit et confirme l’agenda visant Joseph Kabila, sa famille politique et sa famille biologique. Désormais, on sait à quoi s’en tenir. 

En attendant, constatons seulement que ma Tribune vient de lever un gros lièvre.

Edifiée, la Cellule de Crise est désormais avertie.

Barnabé Kikaya Bin Karubi, Ancien député, Professeur, Université de KINSHASA, Faculté des Lettres, Département des Sciences de l’Information et de la Communication, KINSHASA, R.D. Congo. www.kikayabinkarubi.net | Twitter: @kikayabinkarubi

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