RDC/Choix des nouveaux dirigeants de la CENI: La CENCO, l’éternel antagoniste

Décidément le choix des animateurs de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est devenu un éternel casse-tête et une entorse au bon fonctionnement de cette institution d’appui à la démocratie en République Démocratique du Congo.

À chaque fois qu’il s’agit du choix du président de la CENI, l’exercice donne lieu à une guerre sans merci au sein de la plateforme ‘’confessions religieuses’’ qui, à la suite d’une entente interne à la société civile, a le monopole de choix du candidat président de la CENI.

Depuis les élections de 2006, tous les choix du candidat président de la CENI ont été contestés par la CENCO. Cette fois-ci encore, cette structure de l’église catholique romaine n’a pas dérogé à la règle.

Au total, huit principales confessions religieuses de RD-Congo se sont réunies, du 8 au 9 juin, au Complexe scolaire Cardinal Monsengwo pour choisir le président de la centrale électorale.

Ainsi, des différents candidats présentés, Ronsard Malonda, actuellement secrétaire exécutif national à la CENI resté seul en lice, a obtenu 6 voix à la suite d’un plébiscite qui lui a permis d’obtenir les voix des six chefs de confessions religieuses devenant ainsi leur délégué commun à la CENI. Et ce, conformément à la Charte des confessions religieuses, spécialement en son article 17 qui stipule : « En toute chose, les chefs des confessions religieuses recherchent de bonne foi le consensus comme mode de prise de décision par excellence. A défaut du consensus, ils font recours à un vote transparent conformément aux valeurs affirmées à l’article 8. En cas de vote, chaque confession religieuse exprime une seule voix. Le membre observateur ne participe pas au vote ».

Comme dans ses habitudes, la CENCO a attendu la fin de tout ce processus, avant de claquer la porte. Si pour les autres années, la CENCO se contentait de partir seule, cette fois, elle a entraîné avec elle l’ECC, formant ainsi un bon couple contestataire à la désignation de Ronsard Malonda.

Dans cette nouvelle fronde de la CENCO, on se rend bien compte que cette démarche est liée à certains deals avérés entre ses représentants et certains milieux politiques congolais, appuyés en cela, par certaines officines étrangères installées à Kinshasa.

Pour mieux appréhender le mode opératoire de la CENCO, je vous invite à découvrir cette pertinente analyse faite par un spécialiste qui, depuis des années, suit de près toutes les péripéties qui entourent la désignation d’un président de la CENI.

Dans une tribune intitulée  » Course à la succession de Corneille Nangaa: La guerre des clans par-delà les masques religieux « , publiée dans le journal Forum des As du 24 juin dernier, Frank Fikirini Mwene Mbayu relève entre autres, ce qui suit :  » (…) À ce qui paraît, tous les héritiers de Malumalu devraient subir le même sort, tant qu’ils s’en tiendront à l’orthodoxie, à la légalité, à la technicité et autres exigences morales, en oubliant la bénédiction des épiscopes qui sont les seuls à en connaître les conditions, à l’évidence pas toujours compatibles avec la foi reçue des apôtres. Le premier de la série est évidemment Corneille Nangaa Yebeluo dont la candidature en octobre 2015 avait suivi la voie normale jusqu’à l’élection organisée dans les locaux de l’église catholique avec la participation de la CENCO avant que cette dernière ne se rebiffe à travers un communiqué signé par l’abbé Léonard Santedi en date du 21 octobre 2015, dans lequel ce dernier affirma que :  » le candidat présenté par les confessions religieuses est le candidat de 7 confessions religieuses sans l’église catholique qui n’a pas participé à son élection et qui assume toute sa responsabilité devant l’histoire ». Le procès-verbal de cette réunion élective révèle pourtant que c’est la CENCO qui avait offert le cadre où elle s’est tenue et qu’elle y avait bel et bien pris part, ne s’étant en fait retirée qu’après le vote, c’est-à-dire à la conclusion de la réunion (…)_ « 

Comme on peut bien se rendre à l’évidence, le mensonge, la manipulation politicienne ne sont pas l’apanage des seuls fidèles.

Pour Frank Fikirini, il n’y a rien de nouveau au soleil, la fronde actuelle observée à la CENCO, n’est pas un fait nouveau :  » (…) Ce qui se passe autour de la candidature de Maître Ronsard Malonda n’est donc pas du tout nouveau, ni sous la forme, ni sur le fond, même si les chiffres ont bougé, mettant cette fois en dissension 6 confessions religieuses contre 2 au lieu de 7 contre 1. Les manœuvres sont les mêmes : tenter d’imposer à tout prix le candidat de leur obédience idéologico – stratégique (ce qui fait des personnes à l’origine de ces manœuvres, des acteurs intéressés au même titre que les autres acteurs de l’arène politique rd-congolaise) et pour ce faire, contourner la règle démocratique de l’expression majoritaire du suffrage, à défaut de réussir l’achat de conscience de certains électeurs qui subissent des pressions pour renier leur vote ou se désolidariser de leur base (…) »_ .

En clair, ni le pasteur Ngoy Mulunda en 2011, ni le bref retour de l’abbé Apollinaire Malumalu – après la première fronde de la même CENCO contre ce prêtre de Beni-Butembo – et encore de Corneille Nangaa, n’ont jamais été en odeur de sainteté avec la hiérarchie de l’église catholique romaine, pour des raisons évidentes. Aujourd’hui, c’est le tour de ce  » fils maison » – dont l’expérience et la compétence ont dépassé les frontières nationales – de subir le même sort.

Guy MOMAT.

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