Fin des consultations : Félix Tshisekedi et son « V » de guerre

Mercredi 25 novembre 2020, Félix Tshisekedi, sourire caché sous le masque, traverse une haie de ses collaborateurs dans les couloirs du Palais de la nation. Il vient de boucler trois semaines de consultations politiques. Le chef de l’Etat a droit à une ovation improvisée de ses collaborateurs. En retour, il leur rend cette amabilité par son « V » brandi de sa main droite.

Un « V » qui se brandit dans un contexte politique de crise qui le met aux prises avec ses partenaires du FCC. Et ce mercredi est un jour bien particulier où, dans un forcing du désespoir mais en vain, les organisateurs des consultations attendent des délégations déterminantes dont le FCC ou, tout au plus, le PPRD, comme l’avait annoncé Peter Kazadi, un des collaborateurs du chef de l’Etat, dans la journée. Rien n’y fit cependant, et la chose est très mal digérée au Palais, malgré cette ambiance de satisfaction.

Un « V » de victoire ou d’espoir ? Victoire sur quoi et contre qui ? Espoir de qui quant à quoi ou pourquoi ? Retour quelques semaines en arrière, on retrouve le même « V » au Palais du peuple lors de la prestation de serment des juges constitutionnels dont la nomination est justement l’un des casus belli à la base de la présente crise. Ce jour-là, Félix Tshisekedi, le même sourire en coin, fait une entrée considérée par les partisans de l’Udps comme triomphale. La salle en délire l’ovationne, tandis qu’il le lui rend cordialement par le nouveau « V ». Et l’ambiance culmine avec l’hymne du parti – fait privé – entonné en pleine cérémonie officielle.

Dans le fond cependant, cette ambiance de liesse cache mal le drame qui se déroule avec l’absence des personnalités que l’on connait à cette cérémonie. Un prétexte tout trouvé pour laisser éclater la colère du Président de la République qui la laissera transpirer dans son message des jours qui ont suivi. Et on en est là encore, ou presque.

Au Palais de la nation on n’a pas entendu l’hymne du parti, mais l’ambiance et le paysage n’étaient pas loin de la messe partisane du Palais du peuple. D’où ces questions qui reviennent sur le geste partisan du chef de l’Etat dans les installations publiques et en plein exercice de ses fonctions d’Etat en tant que garant. Des questions que souligne tel contexte de crise et la situation du moment censée être à la recherche des solutions à la crise.

Les analystes n’hésitent pas à considérer qu’une fois de plus, le garant de la nation s’est laissé aller à la posture partisane qui jette une lourde hypothèque sur la finalité individualiste, plutôt que nationaliste, de ses consultations. Comment ne pas y croire non plus lorsque l’on sait que ces consultations ont été organisées et conduites par une partie au conflit, pendant que se menait une opération visant à circonvenir « le peuple d’abord » à des fins tout aussi individualistes ?

D’autres observateurs tentent un rapprochement du « V » de Félix Tshisekedi, chef de l’Etat, avec l’historique poing levé de Nelson Mandela. Mais ces observateurs ont, à leurs dépens, la différence des contextes.

Deux temps forts sont immortalisés avec le poing levé de Mandela. Le premier est double et remonte à 1963 et 1964 autour du procès de Mandela et ses compagnons de l’ANC. Les prévenus brandissent leurs poings à travers les barreaux et communient avec la foule : « Amandla ! » (“Le pouvoir!”), crient les prévenus ; et « Ngawethu! » (“Au peuple!”), rétorque la foule à l’extérieur. Le contexte du moment est donc à la lutte contre l’oppression caractérisée par l’apartheid.

Le 11 février 1990, sorti de prison et tenant son épouse, Winnie à la main, Mandela brandit le même poing qui, cette fois-ci, prend la connotation de l’espoir en une Afrique du Sud arc-en-ciel où toutes les races vivent en harmonie. Et cet espoir paiera quelques mois plus tard, jusqu’à ce que Mandela est entré de la plus belle manière dans l’histoire de l’humanité comme un homme de la cohabitation pacifique des peuples dans leurs diversités.

Dans l’historique Palais de la nation, qui porte le plus grand symbole de l’espoir du peuple congolais indépendant – c’est, en effet, ici que fut proclamé l’indépendance du Congo -, le « V » de Félix Tshisekedi va aux antipodes et renvoie plutôt à Limete qui s’est transposé dans les installations publiques. Plutôt que garant de la nation, le chef de l’Etat a préféré la posture de protagoniste qui vient de boucler un réveillon avant de donner l’assaut final sur son adversaire avec la ferme intention de l’anéantir.

Dans ces conditions, exit toute union, moins encore sacrée et même pas de la nation. Et les déclarations de Jean-Marc Kabund n’ont plus rien d’une prémonition.

Mais qui gagnera à la fin ? Nous venons de voir que le « V » du Palais du peuple n’avait renvoyé à aucune victoire…

Albert Osako

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